🔊 Empoisonnée à l'arsenic, cette collection du musée déménage

collection taxidermie en péril / musée Chateaudun
Certaines pièces de la collection du musée dunois ont plus d'un siècle et étaient jugées "en péril" © Radio Intensité

Durant quatre semaines, des équipes spécialisées ont la charge de nettoyer, classifier, puis ranger dans une nouvelle réserve la collection d'animaux du musée de Châteaudun. Des spécimens accumulés depuis 150 ans dans le grenier du monument.

Près de 1 000 spécimens d'animaux empaillés prenaient la poussière depuis des décennies, certains depuis plus de cent ans. Il était temps pour le musée d'Histoire naturelle de Châteaudun de sauvegarder ce patrimoine inestimable. Depuis la semaine dernière, une équipe spécialisée dans la conservation préventive de fonds naturalistes œuvre sur un « chantier de collection ». Une opération pour dépoussiérer les items couverts d'arsenic et autres substances toxiques désormais interdites. Un inventaire précis de la collection est réalisé en parallèle, car l'opération a aussi pour objectif de déménager la collection dans une nouvelle réserve.

La collection en réserve du musée de Châteaudun déménage et se dépoussière

 

Un chantier pas sans risque

C'est un vrai cocktail de substances toxiques qui a permis à la collection d'être conservées dans le temps, et pour les équipes au travail cela recquiert quelques précautions : une tenue de travail adaptée (paire de gants, masques à filtres, blouses et pantalon de protection, chaussures de sécurité), une salle de travail cachée du public et protégée par des bâches transparentes au mur. Pourquoi tant de mystère ? Et bien c'est plus une question de mise en sécurité du public (et des collections) car les spécimens sont pollués, notamment au « savon Bécœur, savon d'arsenic » révèle Hugo Bordet. Coiffé d'un bandana par-dessus les cheveux (une option dans la tenue de travail), ce conservateur-préventeur, spécialisé dans la conservation préventive des spécimens et des chantiers de collection des fonds naturalistes, est en charge de ce « chantier de collection. »

 

« Pour faire simple : plus une taxidermie est ancienne, meilleure elle est en état, plus elle est toxique. Donc, il y a un dépoussiérage fin qui est mené et on fait ce que l'on appelle un "chantier de collection." C'est une chaîne de travail sur un ensemble patrimonial, en vue d'une meilleure conservation, d'une meilleure connaissance du fonds. »

 

Pour épauler Hugo Bordet (HBconservation), on trouve Thierry Oudoire (consulT.O.) et Aurélie Verguin (Atelier Verguin), tous habilités et expérimentés pour ce type de chantier. Dans un rôle de conservateur du patrimoine ou de taxidermiste, chacun participe à la chaîne de travail. De table en table, il faut tour à tour dépoussiérer les animaux (des oiseaux pour cette première phase), les identifier, estimer leur état de conservation, relever s'ils sont abîmés, les mesurer et les peser. Tout cela est synthétiser dans un fichier numérique. Puis, les spécimens sont placés dans des bacs aux normes européennes pour faciliter leur conservation dans le temps, également leur rangement, lors « du transfert de cette collection dans un nouveau local. »

 

collection taxidermie en péril / musée Chateaudun
Une petite équipe de spécialistes œuvre sur ce chantier de collection, avec une chaîne de travail précise à respecter © Radio Intensité

 

« L'enjeu il est double. La mission de base c'est le transfert de cette collection, son déménagement dans un nouveau local adapté pour la conservation et la bonne étude de ces spécimens. Et ensuite la partie "toxicité" pour toutes les taxidermies un peu anciennes. Avant les années 2000, voire 1990, elles étaient fixées avec des insecticides (aujourd'hui interdits) et du savon Bécœur, un savon d'arsenic. »

 

collection taxidermie en péril / musée Chateaudun

 

Une collection « extraordinaire » et en péril

Sur les tables, au moment du reportage, sont disposés des « oiseaux limicoles, qui vivent proches de l'eau mais qui ne vont pas nager comme des canards, ils n'ont pas de pattes entièrement palmées, ce qui permet de les reconnaître, et ils ont la particularité d'avoir des longs becs un peu courbés » explicite Garance, qui travaille à la conservation des collections au musée de Châteaudun. Les deux premières semaines du chantier de collection se focalisent sur les petits animaux à stocker ensuite dans les bacs. Suivront durant les deux premières semaines de mars les plus gros spécimens, à stocker hors bac parmi les emplacements libres de la nouvelle réserve. Un travail synonyme de grande joie.

 

« Je crois que j'ai rarement été aussi heureuse de ma vie. Je suis très attachée à cette collection personnellement, je trouve qu'elle est exraordinaire et que c'était dommage qu'elle reste dans un grenier où les conditions n'étaient pas réunies pour que les spécimens soient bien préservés. Donc je suis très heureuse qu'on est la possibilité de les sortir de ce milieu qui était dangereux pour elle. »

 

D'un vieux combles non isolés, soumis aux températures gelées de l'hiver et caniculaires de l'été, le millier de spécimens va être abrité dans une salle éclairée, ventilée, avec une température stable et une humidité maîtrisée, disposés sur des étagères aménagées et installées par les équipes du musée dunois. 

 

collection taxidermie en péril / musée Chateaudun
Ce spécimen mâle de porte-éventail roi, de la collection du musée d'Histoire naturelle de Châteaudun, a retenu l'attention du conservateur-préventeur © Radio Intensité

 

C'est grâce à une aide exceptionnelle versée par la DRAC Centre-Val de Loire que le projet de déménagement a vu le jour et pu aboutir. Dans le courant du mois de juillet, le musée d'Histoire naturelle de Châteaudun a déposé un dossier auprès de la Direction régionale des affaires culturelles, qui a accepté de financer à 100% l'opération, soit une subvention de 27 000 euros pour sauver cette collection jugée « en péril » sans intervention.

 

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Une restitution publique des travaux réalisés va donc être proposée, gratuitement. Pour en apprendre davantage sur ce chantier de collection, rendez-vous au théâtre de Châteaudun le dimanche 8 mars, à 15h, avec une conférence en présence des équipes du musée et en charge du chantier.

 

Publié : 14h15 par Jade Bihan

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